LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

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« On N’échappe Pas à l’Amour » de Lusiano N’Dohou : Le cœur a toujours été plus fort que la raison

 « On n’échappe pas à l’amour » ! Voici un titre sous forme de phrase déclarative négative qui nous impose l’image de l’amour-piège. Elle sonne telle une sentence sans appel. Comme pour dire nul ne peut se soustraire de l’emprise  du dieu Amour lorsque comme un philtre il répand son once dans les cœurs. Même au pays féerique de la création littéraire, Cupidon règne en maître absolu. Même la plume se laisse happer.

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Aurélie Guychards, célèbre écrivaine fait la connaissance de Ramus Edvrard, nouvellement nommé responsable littéraire et chargé des relations publiques aux Editions Populaires Ivoiriennes. Les rapports professionnels entre les deux les rapprochent rapidement du fait qu’ils s’apprécient réciproquement. L’amitié ponctuée par les bruits de pages et les débats intellectuels se mue dangereusement en amour. Un virage inattendu. Malgré les obstacles endogènes et exogènes, en dépit d’un combat dantesque contre les soupirs de leur cœur, ils sont pris au piège de leur amour jusqu’au point du non retour. Le jeune homme et la belle dame succombent en heureuses victimes consentantes.

L’écrivain Luisiano N’Dohou nous sert une histoire d’amour pleine d’émotion et de suspense. Et cette fois-ci au cœur de l’univers du livre. Une sorte de mise en abîme peu ordinaire. Ni les scrupules, ni la pudeur, ni la mise en garde de l’amie d’Aurélie Suze Adélaïde ou la présence de sa fillette, une sorte d’obstacles humains, ne peuvent empêcher les deux cœurs de battre à la même cadence. De tout temps les sentiments ont été toujours plus forts que la raison. Qui oserait affirmer qu’il peut contenir l’amour au moyen d’une digue ? L’amour est comme un énorme feu lâché qui sur son chemin dévore prudence, pudeur et scrupules. D’hésitations en hésitations, de tâtonnements en tâtonnements, les deux tourtereaux finissent par passer aux aveux sous le regard ému du dieu de l’amour. Aurélie et Ramus par leurs différences et leurs similitudes forment le couple parfait qui ne veut plus rien d’autre que de vivre l’un dans les bras de l’autre éternellement. Ni calcul ni quête de positionnements égoïstes. Au firmament, l’amour seul scintille de ses couleurs grisantes.

Ceci dit, il ne faut pas cependant fermer les yeux sur cette tendance de notre auteur à reprendre les mêmes expressions et les mêmes incises. On note une utilisation abusive du groupe verbal « éclater de rire » et ses substituts. Est-ce une métaphore obsédante, le « tic » graphique d’un homme à la gaieté facile ou un manque d’inspiration, une incapacité à varier son vocabulaire ? Voyez-vous-même, quelque soit l’atmosphère, notre auteur fait rire ou sourire ses personnages, comme s’il lui était impossible de leur attribuer une autre émotion : « dans un éclat de rire » (p 35), « en riant également » (p35), « éclata de rire » (p 36)  « fit-il dans un rire » (p 36) etc. Nous avons, à partir de la page 35, relevé  65 fois cette expression et ses variantes.  De quoi se laisser envelopper par l’once mauvaise de l’ennui. Il est à noter aussi quelques lourdeurs dues à l’emploi récurent du pronom « qui » dans certaines propositions. La phrase la plus illustrative se trouve à la page 35 : « Elle refusait de se rendre chez son père, ce qui d’ailleurs était préférable, vu son extrême inconstance dans ses relations galantes et qui traumatisait la petite qui leur posait une foule de questions à lui et à sa mère ». ( p35)

Heureusement, avec cette habileté de N’Dohou à polir ses écrits, on avale son histoire avec aisance et appétit. Lui qui a l’expérience des manuscrits sait mener son intrigue dans la meilleure direction et de la manière la plus élégante.

Pas étonnant ! Quand deux amoureux de livre, deux écrivains de surcroît, conjuguent le verbe « aimer », cela donne une histoire tissée de mots heureux et de phrases lumineuses. Et l’auteur nous en donne à profusion.  Des paragraphes entiers luisent de splendeur. La délicatesse avec laquelle il fait usage des adjectifs-épithètes est saisissante. Elle semble traduire un souci de précision dans ses évocations et autres descriptions. Les phrases de Lusiano N’Dohou sont construites dans un style poétique, en phase avec les déchaînements d’un amour fougueux et indomptable.

Les romans sentimentaux qui s’incrustent dans les cœurs des lecteurs, ceux qui marquent les esprits pour toujours, tirent leur force plus de leur style d’écriture que leur intrigue. Et l’écrivain N’Dohou qui le sait s’est évertué à donner le meilleur de lui-même. « On n’échappe pas à l’amour », il faut l’admettre, ne laisse pas échapper le lecteur sans le rassasier de plaisirs.

 

Macaire Etty

 

Lusiano N’Dofou, On n’échappe pas à l’Amour, Les Classiques Ivoiriens, Roman, 2013

 

in Le Nouveau Courrier du 24 janvier 2014



25/01/2014
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