LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Interview avec Mariame Gba, bibliothécaire et écrivaine

Il existe des hommes et femmes en Côte d’Ivoire, bien que loin des feux  des projecteurs, œuvrent pour faire du livre un compagnon quotidien. Parmi ces personnes figure en bonne place la bibliothécaire passionnée, Mariame Gba,. La semaine prochaine, elle organise CréActions Expos, un grand rendez-vous culturel au cours duquel le livre aura une place de choix

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Mariame GBA est bien connue dans le monde du livre en Côte d’Ivoire. Mais Dites nous quelques mots pour le grand public qui ne vous connait pas.

Je m’appelle Mariame Gba, tout simplement ; je suis une bibliothécaire au service du public. Toute une carrière passée à la Bibliothèque après une spécialisation en France en Bibliothéconomie option Lecture publique. Aujourd’hui, nous parlons de Bibliothèque Publique du District d’Abidjan. C’était d’abord la Bibliothèque Municipale de la Ville d’Abidjan créée en 1952. Je dois mon entrée dans le monde du livre  au Maire d’Abidjan, Monsieur Ernest N’Koumo Mobio en 1987, après avoir soutenu mon mémoire de Maîtrise en "Gestion de l’environnement".

(…) Je ne parlais pas beaucoup. Vivre au milieu des livres convenait à ma nature. J’ai donc tapé à toutes les portes pour devenir bibliothécaire. J’étais persuadée qu’il y avait un secret dans chaque livre lu, chaque livre classé dans les rayons. Aujourd’hui, je me rends compte qu’aimer les livres nous ouvre des perspectives incroyables. 26 ans après, la passion est restée intacte. Il reste à partager l’expérience accumulée. Aujourd’hui mon discours sur la lecture a changé. Les enjeux de la lecture vont au-delà du simple plaisir solitaire. Il faut lier la question de la lecture au développement.

 

Quel est votre histoire avec le livre ?

Dans la chaîne du livre, il y a les écrivains et auteurs, les éditeurs, les imprimeurs, les libraires et les bibliothécaires… Il y a très peu de bibliothèques en Côte d’Ivoire, les bibliothèques de lecture publique encore moins. A la tête de la première Bibliothèque Municipale d’Abidjan, il était difficile de rester cachée. De plus, pendant les vacances scolaires toute l’équipe de la bibliothèque se retrouvait sur le terrain dans les quartiers d’Abidjan dans le cadre de la campagne " La Caravane du Livre de la Ville d’Abidjan". C’était une nouvelle approche et les média ont soutenu l’initiative (…)

De toutes les façons, j’aime bien ma blouse de bibliothécaire, c’est-à-dire médiateur entre le livre et les lecteurs. J’adore ce rôle. Faciliter l’accès au savoir, aider à développer le goût de la lecture chez les enfants. Malheureusement, mon pays dispose de très peu d’espaces consacrés à la lecture. Il nous faut trouver des moyens de corriger cette situation anormale qui ne nous honore pas. Comment trouver les mots pour expliquer une telle situation quand on est avec des collègues qui viennent de l’extérieur ? Ils ont eux tendance à mettre la Côte d’Ivoire parmi les pays les plus avancés dans la sous- région en matière de bibliothèques. Pourtant c’est tout le contraire.

 

Vous êtes aussi auteure. Parlez-nous succinctement de vos créations

En 1999, la maison d’édition NEI publie mon album de jeunesse  " Un Village dans les montagnes". C’est ainsi que j’ai rejoint le cercle des écrivains de Côte d’Ivoire.

Mon livre obtient le Prix  Jeanne de Cavally de la littérature de Jeunesse en 2000 et  est inscrit au programme scolaire dans les classes de CE2 de Côte d’Ivoire depuis 2007. Un deuxième livre non publié est en souffrance chez le même éditeur depuis plus de 10 ans! Je n’ai rien compris. Mais je suis restée positive. J’ai contourné et  cherché d’autres formes d’expression. Dans ce genre de situation, il faut faire travailler le cerveau et trouver une autre alternative. Mes histoires et personnages sont proposés autrement aux jeunes au cours d’ateliers dans les écoles. Si écrire répond à un besoin de communiquer, pour faire passer des messages, alors  je peux passer par d’autres supports.

Quelquefois mes idées débouchent sur des concepts ou des projets d’activités sous forme d’animation-Jeunesse, animation-lecture, lecture-spectacle, atelier-découverte, expositions, festival… Ensuite les informations collectées peuvent servir plus tard  à la préparation d’ouvrages, des documentaires surtout.

Je travaille également sur des jeux éducatifs destinés aux jeunes pour soutenir mes activités en milieu scolaire. Aujourd’hui, je me présente en tant que Mariame Gba, Auteure-Créatrice.

 

Votre nouveau concept est "CréActions Expos », un rendez-vous culturel important…

Cette activité de création, qui se déroule dans la solitude, la discrétion, l’indifférence peut quelquefois devenir pénible à supporter. Les personnes à l’extérieur ne comprennent pas grande chose à ta vie, à ta carrière. Toutes tes finances passent dans les essais, expérimentations, formation des assistants, avec pourtant très peu de visibilité. Les soutiens à la création sont orientés vers d’autres domaines. Il faut créer soi-même des espaces d’expression.  Il y avait un besoin de communiquer. Le pays était en difficulté. L’heure n’était pas à l’expression de ce type d’activités peu courantes sous les tropiques. Aujourd’hui nous pouvons profiter de l’accalmie et présenter un produit culturel "CréActions Expos" qui combine Création et Action. Créer et Agir.  Réagir et Réactions.  C’est tout en un.  (…) Rendez- vous donc du 10 au 12 Octobre 2013 pour faire découvrir au grand public une série de concepts - projets - activités. Je touche à tous les domaines. Des solutions aux questions sociales comme le chômage, l’insalubrité, la cohésion, la création d’emplois, la création de bibliothèques, le développement.

C’est important la question du développement. Dans les pays comme les nôtres, il faut toujours établir un  lien avec le développement, avec le bien-être de la population.  

 

A ce rendez- vous, quel sera la place du livre? 

Le livre est au centre de cette activité CréActions Expos. D’abord tout se passe à la Bibliothèque du District. Il faut que le public réapprenne à fréquenter cette bibliothèque. Mettons de la vie dans les rares espaces qui existent. C’est ainsi que nous encouragerons les décideurs à en créer davantage.

 Pour être précis, je voudrais annoncer deux rencontres avec d’éminents écrivains de notre pays. D’abord, Fatou Kéita, sera au centre d’une animation vendredi 11 octobre à partir de 10h. Nous partirons de son premier livre "Le petit garçon bleu" pour parler de sa riche carrière consacrée au bonheur des petits et des grands.

Ensuite nous accueillons le Grand Tiburce Koffi samedi 12 octobre à partir de 10h pour lancer un cycle d’animations autour de son livre- Action "Mémoire d’une tombe". La présentation sera assurée par l’incontournable Macaire Etty. Voyez- vous une sélection pareille avec des noms  de personnalités aussi remarquables, est un symbole. Promotrice du concept le « Pont culturel Merveilles d’ici », je milite pour la mise en avant de nos grands Créateurs qui sont des Merveilles. C’est à travers ces Merveilles qu’un pays construit son image. Une image qui invite à la découverte, au rêve…

 

Quelles sont les autres personnalités du monde littéraire que nous sommes en droit de rencontrer ces jours-là ?

Avec le programme que je viens d’annoncer, avec l’appel que je viens de lancer aux acteurs culturels de Côte d’Ivoire, je pense que la bibliothèque va renaître de la plus belle des manières. Nous aurons le soutien de tout le monde. N’oublions pas que CréActions Expos est un événement socio-économique et culturel. Nous demandons aux acteurs culturels d’orienter également leur créativité vers des actions de développement. Le thème est : « De la créativité à l’action, quelle contribution au développement ? Quel est le grand rêve, le grand idéal qui doit guider le peuple de Côte d’Ivoire après tout ce qui s’est passé ? »

 

Vous n’êtes pas à votre premier concept. Pouvez- vous nous ramener un peu dans le passé, par un petit rappel ?

Depuis 2004, je travaille autour du thème des "Merveilles d’ici" ; il y a eu le 1er festival Merveilles d’ici des Créateurs de Côte d’Ivoire en 2008. En 2009 " Lire pour gagner" accompagné de l’Hymne à la lecture "Choisis le livre comme ami" que nous avons présenté au District d’Abidjan, au Lycée Sainte Marie, au Collège Notre dame de Biétry au cours d’une tournée des Libraires de Côte d’Ivoire…Nous avons lancé officiellement le projet "Le Pont culturel Merveilles d’ici" en mai 2012. Le 12 novembre 2012, "Le Pont culturel Merveilles d’ici "a été présenté à la grande chorégraphe ivoirienne Rose- Marie Guiraud qui est tout un symbole quand on parle de pont culturel, de rapprochement des peuples. Et ce jour là le concept présenté était EXPAME (Exposition, Paroles et Mélodies) dans une très belle ambiance conviviale !

Le dernier concept sur lequel je travaillais et qui m’a poussée à organiser CréActions Expos s’intitule "Les Ateliers Objectif Développement", une méthode toute simple pour que les populations puissent s’approprier le combat du développement. Nous n’arrivons pas encore à  résoudre les questions de l’insalubrité, les maladies primaires liées aux ordures et aux eaux usées. Nous cohabitons allègrement avec la saleté. Le changement de comportement n’est pas pour demain. Que faire ?

 

A quoi renvoie votre concept "Le Pont culturel Merveilles d’ici" ?

Le Pont culturel Merveilles d’ici est un instrument de travail que nous mettons à la disposition du secteur culturel pour aider à résoudre plusieurs problèmes.

Il est impérieux pour les acteurs de ce secteur de se retrouver régulièrement dans le cadre d’une plateforme de réflexion et d’action. Il faut un espace fédérateur et une grande volonté de travailler en réseau en adoptant les méthodes modernes de gestion. Nous devons nous mettre absolument à l’école des experts en management, qualité, finances…

Je voudrais m’arrêter là car depuis le mois de juin, je ne suis plus seule. Un groupe de travail est mis en place pour réfléchir à la mise en place de  la coordination Côte d’Ivoire…

 

Au vu de votre expérience dans le monde du livre, vous êtes bien placée pour expliquer les maux dont souffre le livre en Côte d’Ivoire

Je ne peux  parler que de mon petit domaine de bibliothèques où je suis depuis deux décennies et plusieurs années déjà.

Je viens de parler de l’instrument de travail le "Pont culturel Merveilles d’ici". Cet instrument me permet de comprendre que dans notre domaine il n’y a pas un programme  planifié en amont qui oriente notre travail. Chacun fait ce qu’il peut. Quand il est essoufflé il s’arrête…

Il y a un problème d’approche globale. Il faut penser une vraie politique du livre. Il faut peut-être ressortir le séminaire de 1987 et faire appel aux anciens qui ont travaillé en ces temps. L’expérience est importante dans ce domaine. En Côte d’Ivoire et peut-être en Afrique, nous n’avons pas les moyens mais nous aimons reprendre tout à zéro. Nous ne capitalisons pas suffisamment les acquis et c’est dommage. …

 

Pensez-vous qu’il y a des raisons de croire que les choses sont entrain de s’améliorer?

Oui. Le nouveau Directeur du Livre et de la Lecture connaissait les problèmes du secteur avant de prendre fonction. Il vivait et suivait ces problèmes avec nous. Il est actif dans le domaine du livre à divers titres. Il connaît les acteurs du secteur. Sans compter ses qualités et talents personnels, Monsieur Henri N’Koumo a une très bonne approche de sa mission. Il veut et il peut fédérer et c’est la première chose à faire. Il est bon communicateur et va à la rencontre des acteurs. Rester dans sa tour d’ivoire, penser détenir la science infuse, voici les erreurs à ne pas commettre…

 

Un mot à l’endroit des Ivoiriens au sujet de CréActions Expos ?

Je voudrais dire aux Ivoiriens que tout ce que je fais aujourd’hui rentre dans le grand cadre du projet " Le Pont culturel Merveilles d’ici".

CréActions Expos est un bébé de ce vaste projet. Donnons-nous la main pour le faire avancer. La culture peut être le levier du développement si nous acceptons de nous remettre en cause pour envisager de travailler de manière plus rationnelle. Je compte sur le soutien de tous.

 

Interview réalisée par ETTY Macaire

                                                  

 in Le Nouveau Courrier du 4 octobre 2013

 

 



07/10/2013
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