LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Coup de gueule/ La frappe aérienne

Est-ce vraiment une fatalité que chaque année un enfant sur huit, sorte de l’école primaire sans maitriser la lecture? Le débat qui s’est installé sur l’évaluation des enfants de grande section, a le mérite de ramener ce scandale sur le devant de la scène.

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On connaît pourtant les chemins de la réussite. Un scandale donc ? Oui, parce que certains pays ont réussi à sortir de ce déterminisme qui fait qu’à 8 ans on est socialement condamné puis que les 15% qui échouent en lecture échouent dans leurs études et ont beaucoup de mal à s’insérer. Aussi sait-on aujourd’hui ce qu’il faut faire pour que quasiment tous les enfants apprennent à lire. Et à bien lire. Mais on ne s’applique pas. Et on se fout un peu de tout. Parce que la lecture à haute voix, du collège au lycée, n’est plus une activité pédagogique. Pour l’étude d’un texte, c’est souvent le professeur lui-même qui lit. On appelle cela… benoîtement : « lecture magistrale du professeur ». Pire, et mieux encore, du premier au second cycle, à chaque niveau, même en terminale littéraire, il n’y a que deux œuvres au programme durant toute l’année (surtout ces mêmes vieilles encyclopédies qu’on ne lit plus, mais qu’on récite tellement elles sont la marque de tant de générations ivoiriennes – On ne renouvelle pas un peu ?). Et croyez-nous, c’est le top des tops qu’auront pu inventer toutes les tutelles à l’œuvre.

Et bien oui ! Quand de surcroît les élèves ne les lisent même pas, quand certains se contentent des bouts de phrases ironisant avec la stupidité pour amuser leurs camarades, scandale ? Deux œuvres pour toute une année ? Bon il faut aller voir les résultats scolaires pour se convaincre que le système n’est pas très clair. Et si on s’arrêtait là, c’était mieux. Parce qu’il y a l’imbuvable. Les établissements scolaires n’ont pas de bibliothèque. Même pas un semblant. Parfois l’élève est surpris d’avoir ce vocabulaire dans le dictionnaire. Et si vous surprenez quelque part dans un noir fécond une de ses écoles qui loge une cabane prête à être démolie faisant lumière avec la notice blanche BIBLIOTHEQUE, ne perdez pas votre temps à une visite. Vous ne verrez pas de livre. Même pas un vieux, un démodé. C’est du classique ! C’est chez nous, pays de valeureux prix africains de la littérature Noire. Et puis après on s’étonne que l’école va mal, que les élèves sont moins adroits dans la langue. Mais non ! Tout y est pour quelque chose. Des décideurs aux élèves eux-mêmes, en passant par les enseignants. Le tort est à tous ! Et sans avoir des yeux de lune, on remarque tous que le manque de bibliothèque a rapidement provoqué la disparition légendaire des clubs littéraires qui faisaient la fierté et l’empreinte des écoles. Mon Dieu !

Et maintenant voyez, face à ce pleur, qui peut être une situation ou un sentiment, une donnée objective ou une appréhension subjective, les réactions seront multiples et ouvriront parfois sur toute une psychopathologie. C’est clair ! Du principe de plaisir au principe de réalité, du fantasme au réel, le constat d’échec n’émane-t-il pas bien souvent d’une incapacité à admettre l’imperfection, la frustration ;  n’est-il pas le résultat d’attentes infantiles ? Au reste, l’homme n’a-t-il pas besoin de se bercer d’illusions ? Quelle espérance pour l’avenir ? La lecture est la base de toute formation. Elle, c’est la vie. Et si la politique en faveur de la lecture ne commence pas dans les écoles, nous formerons des adultes demi-analphabètes. Parce que si la base échoue, la suite est hypothéquée. Alors lançons les dés, tous ensemble pour sauver fille école, pour donner sens à mère littérature, la page de tous les arts.

                                                                                                                     

Manchini Defela

in Le Nouveau Courrier du 27 septembre 2013



29/09/2013
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