LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Chronique de la plume en transe: ---- La télévision ivoirienne fait-elle assez pour nos livres et nos auteurs ?

 

Qui osera reprocher à notre télévision de ne pas promouvoir la musique nationale ? Qui pourra reprocher à la Rti de ne pas donner de la visibilité à notre sport (surtout le football) ? Personne évidemment. Pour le sport et la musique, nos télévisions d’Etat font le maximum. Avec passion. Avec rage. Avec constance. Quand bien même notre musique décline, quand bien même notre football clopine, la Rti se démène pour les imposer au goût des téléspectateurs. Médiocres ou approximatifs, football et musique hantent nos écrans quotidiennement.

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 EVA AMANI

 

La littérature ne mérite-elle pas elle aussi de participer à cette fête offerte par les ondes ? Les écrivains ivoiriens ne peuvent-ils pas jouir de la puissance de l’impact de la télévision nationale sur la population ? Ce qu’il nous est donné de voir depuis quelques années nous oblige à répondre par la négative. La dernière (et véritable) émission littéraire en date est « Pleine Page » de Tiburce Koffi. Depuis que cette émission s’est « éteinte » sur nos chaînes, la télévision ivoirienne a tourné la page sur le livre et les écrivains. De quoi faire pleurer les plumes. La télévision et la littérature sont-elles par essence opposées ? Certes, la télé se veut surtout divertissante et la littérature vecteur de savoir et d’érudition. Pourtant la première peut aider la seconde à entrer dans les habitudes populaires. Pour le moment, le mariage n’est pas encore scellé.

 

Heureusement, la sécheresse n’est pas totale. Quelques fleurs germent dans le jardin.  La Rti 2, par le biais de « Entre Les Lignes », essaie quand bien que mal de colmater les brèches. Mais l’émission d’Eva Amani, même si elle est à encourager est de basse altitude. La sulfureuse animatrice n’a pas le sens de la critique. Elle n’est pas pourvue du « feu » qui rend un débat littéraire attrayant et lumineux. Elle manque d’audace dans l’interprétation. Son plastique fabuleux ne suffit pas pour faire de son émission une véritable rencontre littéraire, où l’écrivain invité, poussé dans ses derniers retranchements, est obligé d’extérioriser l’or qu’il couve ou confesser ses déficiences. Pour être sincère, elle n’a pas le coffre pour animer un débat littéraire. Une émission littéraire demande que l’animateur ou l’animatrice soit un grand dévoreur de livre, une personne à la culture littéraire confirmée et surtout un critique littéraire. S’il ne réunit pas ses critères, il doit nécessairement se faire accompagner par un virtuose du décryptage des livres.

 

La Rti a le devoir de féconder une émission littéraire digne de ce nom. Sur le champ littéraire ivoirien existent des hommes capables de tenir avec brio et panache un plateau littéraire. Nous avons besoin que la télévision nous offre une émission en congruence avec le rang que notre littérature occupe en Afrique. Par le passé Amoa Urbain, Jerôme Carlos, Tiburce Koffi…ont animé des rencontres qui ont projeté nos lettres en avant. Nous attendons de nos autorités un sursaut d’orgueil en faveur de nos lettres. La télévision, surtout lorsqu’elle est nationale, doit intégrer dans ses missions régaliennes la formation et l’édification des téléspectateurs. Et c’est par le livre que la lumière envahit le cerveau et que s’ouvrent les portes du monde merveilleux de l’imagination.

 

La télévision est un outil puissant de promotion littéraire. Dans un pays comme le Sénégal, la télévision, par le biais de Sada Kane et ses « impressions » (son émission littéraire), a rendu des services énormes aux lettres plus que toute autre politique de promotion du livre et de la lecture. En Afrique et en Côte d’Ivoire, où l’on se plaint de ce que la jeunesse ne lit pas et que le livre n’est pas un objet de grande consommation, la télévision se présente comme la voie, la meilleure, pour réconcilier lectorat et livre. Si la télé s’y met, tout le monde y gagne. Le petit écran gagne en crédibilité, l’écrivain gagne en popularité et le public gagne en culture. Rêvions-nous d’un peuple éclairé, nourri de lumières ? Alors faisons de la télévision pas seulement un champ de divertissement mais une technologie au service de la culture littéraire, la plus importante dans une nation qui se veut ouverte, mure et éveillée.

 

 Apra Soussou

In Le Mandat du 11 avril 2013

 



17/04/2014
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