LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Interview / Sylvestre Ouréga, écrivain, auteur de « Elodie »

Professeur d’anglais à l’origine, Sylvestre Ourega est détaché dans un service du Ministère de l’Education nationale où il exerce en tant que concepteur de manuels scolaires. Dans ce service, il est « mordu » par le virus de l’écriture. Après « La Veuve Dorée », un roman, il vient de publier « Elodie, un recueil de nouvelles.

 

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 Pour ceux qui ne vous connaissent pas…qui est Ourega ?

 

Avant de répondre à votre question, permettez-moi de vous remercier pour l’opportunité que vous me donnez, et à travers vous, toute la rédaction de Le nouveau Courrier. Sylvestre OUREGA est professeur certifié d’anglais, devenu concepteur de manuels scolaires. Il travaille donc au Ministère de l’éducation nationale au Centre National de Formation et de Production de Matériels Didactiques (CNFPMD).

 

Vous êtes concepteur de manuels scolaires. A quoi cela rime ?

 

Le concepteur de manuels scolaires est un agent du ministère de l’éducation nationale dont le travail consiste à s’approprier le programme éducatif conçu par les services de la direction de la pédagogie, puis à concevoir (élaborer, écrire)  les contenus de chaque leçon sur la base d’un canevas adopté et validé par la Direction de la Pédagogie et de la Formation Continue (DPFC), sous l’autorité de l’inspection générale. C’est est un technicien, qui agit dans un cadre réglementaire très précis.

 

Cette activité de conception d’ouvrage a-t-elle été déterminante dans votre carrière d’écrivain ?

 

Ah, oui ! La conception m’a donné les outils indispensables dans mon activité de création littéraire ; c’est indéniable. Lorsque vous vous spécialisez en Education aux droits de l’homme et à la citoyenneté (EDHC), anciennement appelé ECM (Education civique et morale), comme c’est mon cas, vous ne faites rien d’autre que de construire des textes, certes à caractère purement didactique, mais parfois vous vous abandonnez carrément à la fiction. Vous créez des situations-problèmes de toutes pièces, et vous demandez aux apprenants de les résoudre. Tout est basé sur la maitrise de la langue et de la syntaxe, choses indispensables dans la production littéraire. Bien entendu, tout concepteur de manuels scolaires ne devient pas forcément écrivain. La passion des lettres et biens d’autres entrent certainement en ligne de compte.

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Votre première œuvre « La Veuve d’Or » n’a pas eu le succès escompté. Même si l’intrigue est intéressante, l’écriture, à mon sens, est restée assez quelconque.

 

Vous avez raison. « La veuve dorée », ma première œuvre littéraire, campe une belle histoire, qui n’a malheureusement pas pu épouser le grand art romanesque. Il n’y a pas eu assez de génie dans cette œuvre, je le reconnais. Peut-être est-ce à mettre au compte du manque d’expérience. L’euphorie de se voir publier m’a certainement fait pécher par précipitation. Cela dit, mon cher Etty, certains autres lecteurs ont apprécié le caractère didactique de ce roman.  J’attends la deuxième édition pour essayer de toucher à l’âme de l’œuvre qui est tout de même le produit de toute ma puissance procréatrice (rires).

 

Vous venez de publier « Elodie ». Avec l’étiquette « Jeunesse » sur la première page d’écriture, vous annoncez les couleurs sur vos intentions

 

Oui, « Elodie » est un recueil de nouvelles dédiées aux jeunes. Là, le pédagogue, que je suis a voulu attirer leur attention sur tous les dangers qui les guettent. Devant les ravages que font la toxicomanie, l’alcoolisme et le sida dans leur rang, j’ai voulu leur dire qu’ils peuvent influencer le cours des évènements. Même en étant des enfants de la rue, ils peuvent trouver en eux-mêmes des ressorts insoupçonnés pour se tirer du bourbier. Mais, j’ai aussi mis à nu la responsabilité parentale. Certaines pratiques, dont la polygamie, le mariage forcé ou arrangé contribuent parfois à noircir davantage le tableau. Être parent, c’est une lourde responsabilité : en étant jamais trop dur ni  jamais trop permissif. C’est en étant dans la juste mesure que les parents peuvent sauver leur progéniture de tous les dangers de ce monde décadent.

 

Ce livre est tout de même pessimiste. La plupart des histoires ont des chutes douloureuses.

 

Oui, c’est à dessein. Pour attirer l’attention des personnes endurcies dans le mal, ou refusant de voir la réalité en face, il faut les choquer, mettre le doigt sur les conséquences fâcheuses des choix qu’elles font parfois. Une fois vous réussissez à les réveiller un peu, vous pourrez alors aisément réussir à toucher leur cœur. Mais, je préfère le mot « réalisme » à « pessimisme ». On ne peut pas cacher le soleil avec la main. La plupart de ces jeunes vivent dans l’insouciance et finissent presque toujours par se brûler les ailes (...) Il n’y a que ceux qui s’attachent à Dieu qui s’en sortent, et là encore, c’est au prix d’effort acharné. Je prône la spiritualité, pour tout vous dire.

 

 La fin du parcours du personnage d’Elodie dans le récit éponyme est touchante. Qu’avez-vous voulu démontrer ?

 

J’ai voulu dire à toutes ces « Elodie », de faire attention aux mauvaises compagnies. Voilà une jeune fille bien élevée, en qui les parents ont investi des vertus, pour en faire une belle âme au figuré comme au sens propre, et qui se fait trahir par celle qu’elle considérait comme « sa meilleure amie ». La leçon est celle-ci : « il faut éviter les attelages mal assortis ».

 

La guerre avec son cortège d’horreurs a trouvé place dans votre livre. Il y a de quoi traumatiser le lecteur.

 

Non (rires). « Amitié meurtrière », la 4è nouvelle n’a été qu’un prétexte pour vendre les valeurs du Droit International Humanitaire (DIH). Il le fallait pour juste dire que la guerre a des règles. Mais entre nous, c’est une histoire vraie que j’ai habillée. Beaucoup de jeunes ont été manipulés. Ils ont commis des actes regrettables. Ils s’en sont pris à des personnes qu’ils connaissaient, voire à des amis. Mais dans la chute de cette histoire, mon cher Etty, j’ai écrit : « Pardonner, oui, il faudra pardonner (…) De toute façon, le mal est déjà ». C’est un appel à se tourner vers le futur en faisant table rase sur ce qui s’est passé. Je suis pacifiste. En tant que tel, je ne saurais armer ma plume pour en ajouter aux angoisses des lecteurs.

 

Joliment bien répondu…Si vous devez regrouper les 11 récits, en combien de groupes le feriez-vous ?

 

Si je devais regrouper les récits de ce recueil, je dessinerais deux grands ensembles : d’un côté les jeunes sacrifiés par la société et de l’autre ceux qui se sacrifient par insouciance ou parce qu’ils sont des partisans du moindre effort.A la page 73, de mon œuvre j’ai fait dire à un de mes personnages : « Vous appelez ça une génération sacrifiée ? Moi, j’appelle cette espèce-là, une génération qui se sacrifice ». Les deux groupes sont bien là !

 

Superbe ! Pourquoi les Ivoiriens et les Africains doivent lire « Elodie » ?

 

 « Elodie » est à la fois une œuvre littéraire et un guide d’éducation civique et morale. Il se lit facilement et marque durablement les esprits. « Elodie » est un cadeau que je fais aux jeunes ivoiriens et africains. D’ailleurs, mon désir de le traduire dans la langue de Shakespeare ne m’a jamais abandonné depuis qu’elle était encore sous forme manuscrite.  J’avais déjà compris qu’ « Elodie » pouvait aisément voyager au-delà de nos frontières… Elle n’est pas aussi naïve que vous pouvez  le croire (rires).

 

Vous êtes aussi animateur d'une émission littéraire sur IvoirTV.net… Parlez-nous de ce concept...

 

Ivoirtv.net est une télévision interactive, en ligne, basée à New York, accessible partout dans le monde avec un modeste débit de connexion. Créée par des ivoiriens résidant aux Etats-Unis, Ivoirtv.net s’est assignée pour tâche essentielle de vendre la Côte d’Ivoire à l’extérieur. En outre, elle traite des sujets en direction de nos compatriotes du pays et de la diaspora sur des thèmes divers qui touchent à la vie de ceux-ci. C’est dans cette optique que nous nous sommes dit que l’actualité littéraire nationale pouvait permettre à nos compatriotes de garder leur racine culturelle. Car le livre est le reflet de la société. Voilà comment est né le concept : « Un livre ça se lit », le nom de notre émission, qui a déjà enregistré de noms : Inza Bamba, Jean Pierre Mukendi, Selena Djolo, Claire Porquet, Serge Grah, Miessan Ankon Justin, Abou Diarra, Mathurin Goli-Bi, AzoVauguy, Félicité Annick Foungbé, Aminata Traoré, Lassina Kéita, et j’en passe. Nous croyons que  IvoirTV.net et Sylvestre Ouréga sont en train de s’activer ( à l’aide d’une seule caméra)  à donner un visage à nos activités littéraires.

 

Interview réalisée par Macaire Etty



23/04/2014
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