LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Gloire et Déclin apocalyptique de Macaire Etty : Les jérémiades du destin

C’est avec la bouche large de sourire comme un fleuve embêté que j’ai reçu Gloire et Déclin Apocalyptique de Macaire Etty. Oui, cet homme que je ne me permettrai même pas de présenter dans ce bordel de mots. Parce que bien connu, il l’est déjà. Lui, ce critique littéraire impeccable, chevronné !  Alors, allons cuire rapidement les carottes ! Allons tout droit fouiller dans ces choses cachées !

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Franchement… on sent la montagne se déshabiller ! On entend chanter la lune. J’avoue ! Oui ce roman s’agenouille sur 200 pages, mais il brille de 200 soleils ! Ce n’est pas un éloge, ce livre est la belle histoire des soirs. C’est le refuge au milieu de la Cathédrale.  On y trouve toutes les couleurs de la vie. Mais aussi toutes ses laideurs. Gloire et Déclin Apocalyptique prévient la bave qui sort du bonheur. Il présente également ce lit où le diable se fait sevrer. Bien sûr qu’après 48 heures de lecture j’ai encore mal au crâne pour avoir pleuré toutes les larmes de ma peur, et aux esgourdes pour avoir écouté la musique solennelle qui attend tout roi aux oreilles rebelles.  

C’est une fiction fraîche et pesante, avec des situations dramatiques qui sèchent le sourire forcé. Ce héros maladroit ! Ces personnages atypiques, loufoques, à travers leurs passions pour les folies ! Et bien oui, un syndrome dangereux marche toujours autour de la gloire. Parce que les griffes du soleil se répandent dans la nuit, là, quelque part, au moment où Morphée porte sa robe. Et parfois y échapper devient une équation ; c’est cette période que choisit la conscience pour fermer son téléphone, durcir ses oreilles et embrasser les frasques et tourments. Et alors, on ignore qu’autour de nous, tout devient laid. Même la peur fait ses prières. On veut en finir avec l’instant. On veut lire et écrire la vie qu’on veut. On croit bien faire cependant. On a un sentiment éprouvé et hasardeux qu’on attèle au courage. 

 

Et on prend des risques gros comme le ciel. Et on chante la mort en croyant donner sens à la vie. Et on devient une leçon pour l’histoire, une histoire pour le monde, le monde pour ceux qui rêvent un rêve musclé.  Vrai ! La femme ! Cette belle fleur qui a tout de l’ange, instrument de discorde et de perte ? Parfois, trouver l’amour véritable revient d’abord à se trouver soi-même ! Maintenant, place à l’histoire !

Tounka, ce roi de lumière et de courage a trouvé la gloire dans sa quête de la paix et du bonheur de son peuple. Accoucheur de modèles et de sagesse, il a toujours éclaté par la couleur jaune-or de ses torrents d’idées perchés à la vie et ses valeurs. Mais… Tounka combat un célibat malaimé. Il lui faut une femme. Parce qu’il faut absolument un héritier pour le trône. Le peuple Kly le revendique. Le roi en est aujourd’hui informé. Et malgré la volonté de Kabi son Conseiller Principal de trouver gant à ses doigts, le roi ne trouve pas le sésame de sa vie : toutes ces jeunes filles présentées pendant ces occasions arrangées ne lui conviennent pas. Il n’en aime aucune. Il veut aimer. Le roi doit aimer pour être heureux. Parce qu’un « roi triste est un spectacle insoutenable » Mieux, un roi est un homme comme tout le monde. Il a besoin de vivre avec une femme qu’il aime de toute son âme. Non pas seulement pour faire des enfants, mais pour vivre tous les deux comme des tourtereaux à la recherche de la vie et ses poésies. Et voici le jour de la Grande Fête, un jour de célébration de la paix du royaume Kly. Et voici les prunelles du roi qui pointent le miel. Et le regard glouton de Tounka tombe « sur une créature scintillant comme une luciole dans la nuit. C’était une jeune fille portée par deux jambes interminables… sur son visage ovale brillaient avec espièglerie deux grandes lunes d’yeux » Le roi est tétanisé ! Il a trouvé la femme de ses rêves. Il la veut tout de suite. « Rassurez le peuple chers conseillers, emparez-vous du brouillard qui s’empare de son cœur, parce qu’un peuple inquiet fait la tristesse de son roi ! Le roi a trouvé sa côte. Vive l’amour ! » a-t-il laissé entendre dans son palais. Et « le peuple saisit la nouvelle de ses deux mains comme une calebasse d’eau fraiche. » Par tous les dieux, « la fée attendue avait été trouvée. » Miella, s’appelait-elle. La sublime au visage qui peut casser une pierre, chasser du monde la procrastination ! Miella, ce nom qui défie toutes les poésies ! Le mariage est annoncé. Les Conseillers l’approuvent. Non, pas tous. Seulement les cupides que le roi et sa mère ont corrompus. Les autres ont crié à la mascarade et la catastrophe. Parce que Miella est une étrangère. En plus, argumentent-ils, « toute beauté est capricieuse et souvent funeste » Mieux encore, Miella est folle amoureuse du charmant prince des Klas - peuple ennemi – l’élégant et galant prince Abadi. Pire, Koundi le Conseiller aveugle chargé des présages est passé par là, pour alerter, pour avertir : « Du sang, des larmes, des morts, des cadavres… [Tout sauf cette fille] à la beauté fatale ! Que de fois le monde a connu de déchirement pour elle ! »

Cependant l’horizon n’est qu’une ligne noire, désespérément noire. Et comme on s’endort sur le sable quand l’amour pur devient une drogue dure, le roi défie toutes les lois : il lui faut l’étrangère vivant sur son sol. On n’y peut rien. Même si pour cela il lui faut dégager du ciel tous ses nuages. Et puis, « (…) que recherchait son Conseiller voyant si ce n’est de venir le priver de son rêve d’épouser la belle inconnue ? Comment pouvait-il faire de telles prophéties au moment où tout le peuple attend, palpitant d’impatience, ce jour mémorable où les maîtres de la tradition vont sceller son union avec Miella ? Koundi avait-il idée de la beauté de cette jeune fille ? Bien sûr que non ! Aveugle qu’il est, il ne peut la voir. Et s’il l’avait vue ne serait-ce qu’une seule seconde, il n’aurait jamais osé faire ces visions médiocres. » Pourtant il est « des portes qu’il faut garder d’ouvrir. L’histoire est parsemée d’exemples qui nous parlent. Une guerre est souvent vite arrivée pour une beauté… maléfique. » Et ce jour rouge de colère et de sabre, Miella est enlevée et déportée avec sa famille chez les Klas par le prince Abadi. Et « au sommet de la gloire, le roi [Tounka] oublie les principes qui l’ont élevé » Il lance une guerre malgré une armée dont on pourrait difficilement être plus éloquent quant à sa lucidité. La vague d’indisciplinés et d’incompétents est vite assidue à la mort et méchamment lavée d’affres.

 

Ah, vraiment, « la guerre est la distraction des peuples qui s’ennuient ! » Et le combat se perd. Et le royaume Kly s’effondre. Et ce, malgré la destitution et l’assassinat du Général Kariko, général quatre étoiles, remplacé par un petit voyou assoiffé de gloire. Aussi, même le sage Vouki, maître et enseignant de Tounka, n’aura-t-il pu rien changer à la folie de son filleul. Comme quoi, « [notre] véritable maître, c’est [notre] raison » Voilà, Tounka est mort pour une érection. Il a tué son peuple pour un rêve de roi, des rêves démesurés.

Peuples d’Afrique, « écoutez vous qui rêvez d’une nouvelle Afrique, [oui Tounka] fut un grand roi, [sage, pétri de lumière, mais… Tounka est mort par asphyxie de la connaissance, pour s’être vu dans le miroir de ces Rois africains, ce miroir gringalet qui reflète ces diableries : « tout appartient au roi, terres et peuples » Tounka est parti en croyant même que le soleil et ses astres lui appartenaient. Tounka est mort comme un chien, pourtant un grand roi. Tout est dit, tout est clair, toujours lever la tête quand on fonce. La vie garde tout. La vie écoule tout. Rêver est une chose, réaliser son rêve en est une autre… Avant de passer le cap du rêve à son accomplissement, il faut toujours saluer la raison.

Manchini Defela, Journaliste-Critique Littéraire

 

Macaire Etty, Gloire et Déclin apocalyptique, novembre 2012     

 

In LG infos du 24 octobre 2013   



25/10/2013
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