LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

COUP DE GUEULE : Le billet des "reseaucristes"

Comment faire partie de ces écrivains tant connus ? Ou tout simplement, comment devient-on un grand écrivain ? Probablement en étant apprécié par ses collègues écrivains. Enfin, c’est le moins qu’on puisse dire et penser. En Côte d’Ivoire, c’est l’arbre qui abat le bûcheron.

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Parce que, pour être un grand écrivain, il faut surtout être apprécié par les « réseaucristes ». Ceux-là même qui ne sont pas forcément les meilleurs, mais, qui ont tenté un jour de plein automne l’aventure suicidaire d’être des « gens de… », et ont avalé avec eux médias et grandes figures. Ce sont ces mieux vus, ces mieux lus, ces mieux cités. Même quand ce qu’ils ont écrit est nul comme un balai. Même quand les citations dont ils sont auteurs sont aussi molles que de la charcuterie. Que peut-on espérer ? Ce sont Eux ! Et ils entraînent dans leur vague ces collégiens qui se targuent aussi d’être des écrivains, pas des patoches, mais des vrais. Les meilleurs pour dire court ! N’est-ce pas ! Mon Dieu ! Blague à part ! L’ami du roi n’est-il pas roi ! Ce sont eux que le peuple doit lire ! Il ne s’ennuierait pas s’il tournait leurs si belles pages !

Houlà ! Et leur haute personnalité littéraire ne se révèle que les mardis soirs à quelques personnes choisies, en haute estime, arrivant à grouper plus de monde que le maire. Oui, ne sous-estimez pas la dimension réticulaire de ce monde fort plein de grands scénarios. Parce qu’aujourd’hui, on pourrait mettre en évidence cette lexicométrie à partir de la participation aux jurys des prix littéraires par exemple, ou à partir des collaborations pour l’écriture d’ouvrages collectifs. Et même pour avoir un prix, si insignifiant soit-il, pour être nommé ou nominé, édité ou simplement faire parti d’un groupe de voyages de culture, etc, le « réseaucrisme » est une porte apparemment obligée. Les exemples ne manquent pas. Et ces gens aussi ne manquent pas. Ils mettent en exergue des médiocres et tuent des talents. Très vite. Sans la moindre compassion. Ni le moindre regret. Dans tous les cas, nous ne sommes pas dans un film d’action. Bien sûr.

Qui devrait-on considérer comme écrivain ? Le problème, c’est qu’il n’est pas de définition universelle de l’écrivain et que l’analyse ne rencontre jamais que des définitions correspondant à un état de la lutte pour l’imposition de la définition légitime de l’écrivain. Mais n’empêche qu’on n’a pas besoin de génie pour déceler en un auteur, si jeune soit-il, moins diplômé veut-on (car en Afrique en général, pour être édité, il vous faut être ce docteur en…, cet ingénieur en…, c’est triste comme concept, mais c’est nouveau et on aime) ce talent hors pair qui saute rudement à l’œil. Sincèrement, ce problème des réseaux en littérature est un mal pernicieux qu’il faut dégager très rapidement. Difficile ? Faire disparaître ces « réseaucristes » pour un avenir littéraire plus convaincant, plus méritant et mérité, c’est possible. Parce que la volonté peut tout.  

 

Manchini Defela

 

in Le Nouveau Courrier du 13 septembre 2013

  



14/09/2013
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