LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

Coup de gueule : Carton jaune !

En Côte d’Ivoire, l’attrait pour la BD a toujours été très faible.  Généralement considéré comme un machin pour adolescent, on a toujours voulu draper cet art de noir et de préjugés parfois sévères au bord de l’enfer démocrate.

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Et si, jusqu’à aujourd’hui, la BD n’est pas le catalogue Mozart et le bottin de tout quidam, la faute n’est pas dans le nombre de bédéistes, car ces artistes, nous en avons en fosses multiples par ici. Le nerf du drame est ailleurs. C’est vrai, même s’il n’est pas faux de noter au passage que l’attrait a connu quelques grimaces avec l’hebdomadaire Gbich, lorsque dans les années 2000, la politique et ses revers dorés ou foncés, sont devenus dans notre cher pays un autre mode d’expression. Et ce n’est pas du Tintin !

 

Mais quand viennent s’ajouter au psychodrame ces éditeurs qui ne pensent qu’aux ronds, se contentent de projets courbes, ce n’est pas de la décadence qui est encore de l’amour, mais la faillite de l’art. Les éditeurs de BD sur nos tropiques ? C’est comme chercher une aiguille dans une botte de foin.  Impossible d’espérer trouver le moindre phalanstère. Parce que même si la BD est considérée comme un art abstrait, c’est une écume magique où viennent picorer les amateurs d’humour et de salons farcis. Les éditeurs ivoiriens devraient s’y intéresser. Mais pas seulement eux : les écrivains aussi. Car art complet, la BD l’est sans aucun doute. C’est une multiplication de genres. Elle fait planer l’esprit, voyager la conscience. Elle fait rouler la pensée, et nous éloigne du rhumatisme intellectuel.

 

Elle est destinée autant aux enfants qu’aux adultes. Nul doute. C’est une reconnaissance à la fois esthétique, intellectuelle et culturelle qui lui vaut d’être chantée comme légitimité indiscutable. Elle a, comme tous les autres arts, le droit d’entrer au musée et en exposition avec des accueils enthousiastes et unanimes. Comme pour le cinéma ou la littérature, il faut lui offrir un large éventail de titres, une panoplie de sensations et de niveaux d’exigences, pour permettre de séduire le plus de gens possible. Pour que des personnes qui n’ont jamais lu de BD (car il en existe un bon rang dans notre chère Cité), ou qui ont cessé d’en lire, s’y plongent sans virgule, avec le plus grand plaisir. Et parce que la lumière ne se fait que sur les tombes, il faut que la BD reste la divine aux yeux bleus.

 

 Ces artistes ne sont pas des dactylographes, ce sont de véritables artisans d’espoir et des marchands de rêves. Leur donner une place dans la société est plus que nécessaire.

 

Manchini Defela 

in Le Nouveau Courrier du 18 octobre 2013



20/10/2013
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