LE SANCTUAIRE D'ETTY MACAIRE

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La Femme de Dieu de Minga S. Siddick : UNE ORIGINALE REFLEXION SUR LA VIE ET LE DESTIN

Le romancier, le vrai, ne saurait être confiné dans le simple statut d’un créateur de fiction. Derrière son sens d’affabulation, se profile un véritable  penseur. Minga Siddick dans La Femme de Dieu, sa première œuvre littéraire, atteste cette allégation.

 

Le titre de son roman, La Femme de Dieu, par son caractère provocateur accroche et incite à la lecture

Parti enquêter sur la vie d’une folle à Felanie, une île imaginaire, Maovi est happé par des circonstances tragiques et se mue en secouriste. Il sauve un manuscrit « des eaux » et du néant. Ce manuscrit porte dans ses entrailles l’histoire d’une folle surnommée « la femme de Dieu ». Cette histoire imbrique deux récits : celui portant sur la vie tumultueuse de Maïkan et celui produit par un albinos, le rejeton de Maïkan.

La Femme de Dieu est une fiction pleine de rebondissements, construite autour du parcours d’une jeune femme du nom de Maïkan. Dont la vie est un perpétuel combat contre les valeurs morales, sa conscience et son âme. Epouse du très placide et généreux Lwanty, Maïkan, le feu au sexe, entretient des relations adultérines et incestueuses avec Yonne, son cousin. Jusque dans le lit conjugal. Mais le cocu, les yeux voilés par l’amour ne s’en rend compte que lorsque l’infidélité de son épouse a atteint le point du non retour avec l’assassinat de Naïley. Parmi ses enfants d’ailleurs, l’un est le fruit des relations coupables entre Maïkan et Yonne. Lorsque Lwanty a les preuves des frasques de son épouse, cette dernière honteuse, quitte la maison pour une destination inconnue. Mordue par des remords, harcelée par sa conscience, Maïkan perd la raison, allant d’un lieu à un autre en chantonnant des paroles mystérieuses. Est-ce le prix du sacrilège que constitue l’inceste ? Et d’ailleurs, pourquoi cette attirance pour l’interdit ?

La femme de Dieu va au-delà d’une simple histoire d’infidélité. Ce roman impose de s’interroger sur des problématiques existentielles comme le destin, Dieu, et le diable. Qui tire les ficelles de la vie des hommes ? Dieu ou le diable ? Hypocrisie, inceste, meurtre, tremblement de terre, inondation, accident...le monde que nous peint l’auteur semble subir une décomposition morale et physique !

Maïkan, l’épouse infidèle et incestueuse devenue folle, serait la fille d’une folle. Pourquoi son destin a-t-il pris la même trajectoire que celle de sa génitrice, surnommée de son vivant, « la folle de Dieu » ? Pourquoi « la folle de Dieu » a-t-elle donné vie à « la femme de Dieu » ? Les interrogations bourdonnent dans la tête du lecteur.

Pourtant, les oracles avaient dit au sujet de « la folle de Dieu »: « …Elle avait failli à sa mission mais…Dieu lui donnerait une fille qui ferait le travail à sa place. Cette fille serait si proche de Dieu, si acquise à sa cause qu’on l’appellerait La femme de Dieu, comme on appelle tout grand serviteur de Dieu homme de Dieu » (p 76). Maïkan serait donc le prolongement du destin de sa mère. Lourd héritage ! Au vu des antécédents, le sobriquet éponyme du livre « La femme de Dieu » ressemble bien à une appellation ironique.

Au travers l’histoire de Maïkan, se profile celle de son fils albinos, portant sur ses frêles épaules la « tragédie » quotidienne des albinos dans un monde d’intolérance. Le récit de « la main blanche » est une riche réflexion sur la question de l’altérité et des minorités vulnérables.

Le roman de Minga Siddick  est un ouvrage de toute beauté. Tant au niveau de sa portée idéologique qu’au niveau de sa littéralité. L’idée de manuscrit sauvé dans un contexte apocalyptique et de l’organisation du récit sous forme d’un puzzle est indiscutablement géniale. En outre, autant la narration est menée avec maestria, autant le style de l’auteur est coloré et plaisant. L’auteur fait preuve d’un extraordinaire talent de prosateur et honore la langue française avec une rare rigueur.

La femme de Dieu bien que servi par une édition médiocre est une œuvre majeure qui mérite bien d’exégèses et d’herméneutiques.

 

ETTY MACAIRE

Minga S. Siddick, La Femme de Dieu, La Sahelienne, roman, 2015, 196 pages.

In Fraternité Matin du 06 novembre 2015



16/11/2015
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